• Un chapitre à l'état brut...

    Voici la première partie du  24ème chapitre des "rêves d'Élisa" ,  écrite d'un seul jet et qui sera fort probablement remaniée ultérieurement. Alors veuillez pardonner les erreurs, redondances ou autres "défauts" de ce texte à l'état brut :

      

    -24-

     

     

                Elle est malade. Elle ne verra pas Liberté. Des années d’esclavage, une fuite éperdue, des jours et des jours de marche, de fatigue, de souffrance pour finir là, si près du but, dans cette cabane exposée à tous les vents, au sommet de ce mont pelé où rien ne pousse. Elle a froid, si froid ! Son corps entier suinte d’une sueur glaciale alors que la fièvre pourtant, la consume de l’intérieur.   

                - Réveille-toi Élisa !    Lui intime une voix pour la énième fois.

                Elle a cru reconnaître celle de Jonathan. Elle ouvre péniblement les yeux. Ce n’est pas lui. C’est cette traîtresse de Martha. Une voleuse de rêve comme le sont tous les extracteurs. Des esclavagistes repentis. Elle ne peut pardonner mais elle n’a plus la force de se rebeller contre eux.

                - Jonathan ? Bredouille-telle

                Le feu et le froid qui la dévorent lui ont asséché la bouche. Elle a tant de mal à parler à chacun de ses retours à la conscience qu’elle ne le fait que pour prononcer son nom, interrogative.

                - Il n’est pas revenu. Répond la vieille femme.

                Pourquoi s’inquiète-t-elle pour celui qui l’a si odieusement trompée ? Elle ne sait pas. Ce qu’elle sait en revanche, c’est qu’elle ne se hisse du fond de son inconscience fiévreuse, que parce que chaque fois que quelqu’un lui demande de se réveiller, c’est sa voix à lui qu’elle entend. C’est pour lui qu’elle remonte de ce puits insondable, un peu plus épuisée chaque fois tant l’effort douloureux qu’elle doit fournir pour parvenir à s’en extirper est intense. Après quoi elle y retombe inexorablement et s’y enfonce chaque fois de plus en plus profondément. La mort l’appelle, ultime délivrance. Elle ne l’accueillera que lorsqu’elle aura revu Jonathan. Pour lui pardonner ? Pour le maudire ? Qu’importe ! Il lui faut le revoir pour partir en paix. Pour accéder à cet au-delà qu’elle a entrevu dans l’espèce de no man’s land impalpable où elle erre lorsqu’elle replonge dans le semi coma qui suit ses « réveils ».

                Là, elle ne souffre plus.

                Elle a vu plusieurs fois le tunnel de lumière radieuse au bout duquel l’attendent des ombres iridescentes qui lui tendent les bras et l’appellent, l’attirant irrésistiblement. Qui sont-elles ? Des êtres qu’elle a perdus. Des êtres qui l’aimaient…qui l’aiment. Leurs voix se fondent en une seule, enjôleuse, murmurante, pleine de douceur et de tendresse.

                -Viens Élisa ! Rejoins-nous ! Insiste mélodieusement le chœur céleste.

                Et au bout leurs bras qui ondulent tels des vagues, leurs mains ouvertes lancent vers elles des rets scintillants de lumière bleue qui lui montrent le chemin du..Paradis.

                D’où lui vient cette étrange idée de paradis ? Et qui sont tous ces gens vibrant d’amour qui l’implorent de les rejoindre ? Pas de la Sphère en tout cas ! Là-bas, l’amour n’existe pas et la mort a ce caractère définitif qu’elle ne ressent pas en ce lieu. Á l’autre bout du tunnel lumineux, la mort n’est pas une fin mais un recommencement.

                Cette fois encore, elle s’y est engagée, heureuse à l’idée de ce qui l’attend de l’autre côté. Cette fois encore, la voix de Jonathan, ou ce qu’elle croyait être sa voix, lui a fait rebrousser chemin.

                Réveil. Douleur. Inextinguible soif… L’eau fraîche glisse sur sa langue, coule dans sa gorge… Elle a mal mais n’a plus la force de tourner la tête pour refuser le mince filet de vie qui se diffuse malgré elle dans son corps amaigri.

                Á quoi ça sert ? La mort finira par vaincre de toute façon. Comme pour Jacob là-bas, dans son trou sous le tumulus de pierres.

                Depuis combien de temps est-elle dans cet état, entre la vie et la mort comme elle a entendu Martha le dire aux autres réfugiés de la cabane ? Des jours, des semaines ? Une bestiole rampante et venimeuse l’aurait piquée, croit-elle se souvenir,   faisant d’elle cette presque moribonde aux yeux creux, aux narines pincées, pâle et maigre comme un cadavre. Tout s’embrouille dans sa tête. Le venin empoisonne sa mémoire. Il n’y a que de l’autre côté dans le no man’s land brumeux, qu’elle retrouve toutes ses facultés. C’est dans la béate inconscience qu’elle redevient consciente. Voilà pourquoi elle sait exactement à quoi elle ressemble à présent. Quand elle est de l’autre côté, elle se voit. Seule la notion de temps se corrompt.

                Elle se voit et elle voit les autres. Martha, fatiguée, inquiète, désespérée. Les quatre membres du deuxième groupe avec lequel elles ont fini par faire la jonction, elle ne sait plus quand. Elle les entend aussi. Le savent-ils ? Qu’est-ce que ça peut faire ? Elle ne survivra pas pour leur dire ce qu’elle pense de leurs réflexions. Celles de Melody sont compatissantes. C’est elle qui la veille et s’occupe d’elle quand Martha tombe d’épuisement. Bien qu’elle soit membre de l’élite honnie, la jeune femme semble douce et généreuse. Comme Martha en fait. Ou comme Jonathan, elle doit bien le reconnaître. En devenant des « extracteurs », pensaient-ils se racheter ?

                Il y en a un que la compassion n’étouffe pas, c’est Hakim. Il s’est auto proclamé leader de l’expédition en l’absence de Jonathan. Elle les retarde et il ne se prive pas de le dire. S’il n’est pas encore parti en la laissant mourir seule, c’est que les autres ont refusé de le suivre et que son éthique d’extracteur lui impose de ramener ses protégés à Liberté. Or, eux non plus n’ont pas voulu partir. L’homme s’appelle Stéphane, la femme Rébecca. Eux aussi se relaient pour la soigner du mieux qu’ils peuvent.

                - C’est l’une des nôtres, nous ne l’abandonnerons pas, ont-ils rétorqué à Hakim qui revenait à la charge, invoquant le retard déjà pris à cause d’un autre malade. Quand était-ce ? Hier ? Á l’instant ?

                Martha lui parle mais elle ne comprend pas ce qu’elle dit. Penchée au-dessus d’elle, une main soutenant sa tête, elle essaie de lui faire avaler une de ses mixtures infâmes. Elle voudrait tourner la tête ou recracher mais elle n’y arrive pas. Elle voudrait lui dire qu’Hakim a raison, que ses efforts pour la maintenir en vie sont vains, qu’il faut la laisser et partir avec lui. Elle n’en a pas la force non plus. Rassemblant les bribes de son esprit, elle se concentre sur ce que marmonne la vieille femme, comme une prière.

                -Tu dois vivre petite ! Tu dois vivre.

    Ses yeux se ferment malgré elle. Elle se sent repartir…

                - Reste avec nous Élisa, reste avec nous.

                Supplie une voix qui ressemble à celle d’une amie d’un autre monde, d’une autre vie. Une vie d’un lointain passé qu’on l’a obligée à rêver. Elle s’appelait..elle s’appelait…Chloé.

                -Je..Je ne…peux…pas…Chloé…Ils…m’att..Ils M’attendent..

                Parvient-elle à articuler.

                -Je suis Melody. Qui est Chloé ?

                Entend-elle avant de retomber la tête la première dans le puits qui la ramène de l’autre côté, là où elle n’a plus mal et où s’ouvre devant ses pas hésitants, le radieux tunnel de lumière.

                -On la perd, on la perd ! Hurle quelqu’un tout près d’elle.

                Et cette fois, elle est sûre que c’est Jonathan. D’autant plus sûre que du fond de cet état de conscience-inconscience dont elle bénéficie de l’autre côté, c’est bien lui qu’elle voit penché sur elle, l’inquiétude assombrissant son beau regard mordoré.

                La mort attendra se dit elle. Et eux aussi ajoute-t-elle en tournant délibérément le dos au fascinant tunnel de lumière au bout duquel les ombres se diluent, comme si elles avaient compris que le moment n’est pas encore venu pour elle de les rejoindre.

      

    « Je crois que ça revient !Des mots ? Démo ! »
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  • Commentaires

    1
    Dimanche 26 Octobre 2014 à 17:24

    ce n'est vraiment pas gai

    2
    Thaddée OB
    Mardi 28 Octobre 2014 à 13:25

    C'est magnifiquement écrit ! Profondément inspirée cette agonie pantelante où se déchire un tissu de pensées. Je n'ai relevé qu'une faute de frappe, au début : mon au lieu de mont. Je n'en ai pas vu d'autres. Continue comme ça An'Maï ! Je t'embrasse très fort, à bientôt, mon amie écrivain.

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