• Sommes-nous des passeurs de rêves ?

    Le passeur de rêves…

     

     

    Tout commença ce matin-là.

    Comme d’habitude, il se rasait devant la glace. Alors qu’il se penchait en avant pour fignoler son ouvrage, il se sentit soudain aspiré, comme absorbé par la surface polie du miroir. Interloqué, il se retrouva face à son reflet qui lui aussi le regardait, muet d’étonnement. Les yeux dans les yeux écarquillés, aucun des deux n’osait esquisser le moindre mouvement, de peur de voir se dissoudre ce qui ne pouvait être qu’un mirage.

    Ce fut lui qui se décida à tendre le bras pour toucher son alter ego, convaincu qu’il allait aussitôt disparaître puisqu’il ne pouvait décemment être réellement en face de lui en chair et en os. Comme il se doit pour une personne et son reflet, leurs doigts se rencontrèrent à cela près qu’ils se touchèrent vraiment et non pas seulement par l’intermédiaire de la surface froide et lisse. Ensemble ils sursautèrent à ce contact inattendu. Il fit un pas en avant mais curieusement, l’autre ne fit pas de même, au contraire, il fit un pas en arrière. Là, ça ne collait plus avec l’idée que l’on peut se faire d’un reflet censé reproduire le moindre geste de l’être réel qui lui fait face dans la glace ! Il refit un pas en avant, l’autre recula d’autant !

                Un peu effrayé tout de même mais néanmoins poussé par une curiosité plus puissante que la peur, il voulut voir jusqu’où ils pourraient aller de cette étrange façon, lui avançant, l’autre reculant simultanément. Ensemble, ils parcoururent ainsi, toujours face à face, l’envers du décor, le reflet de sa maison et se retrouvèrent bientôt devant sa porte d’entrée qui s’ouvrit comme par magie devant lui et dans le dos de l’autre…

    Il s’avança-recula un peu dans la rue, exacte réplique inversée de son univers quotidien. Les aiguilles de la grande horloge de la mairie, tournaient à l’envers. Dans le ciel, oiseaux et avions volaient à reculons…

    Le monde entier de ce côté-ci du miroir devait vivre à reculons, comme en témoignait ce qu’il voyait aussi loin que se portait son regard… Voitures, bus, piétons pressés ou nonchalants, tout allait son petit bonhomme de chemin, à reculons ! Il avait l’impression d’assister au rembobinage d’un film mais à vitesse normale.

    Il n’eut aucune envie de pousser plus loin son investigation dans ce monde parallèle. Il en avait assez vu et ça lui donnait le tournis. Empoignant son reflet d’une main ferme pour ne pas le perdre, il recula jusqu’à la porte, puis jusqu’au miroir sans le lâcher. Alors, il repassa sans hésiter de l’autre côté, laissant son double là où était sa place…

                À partir de ce jour, la certitude s’ancra en lui – saugrenue il en convenait- qu’il devait exister d’autres « passages » dont il se faisait fort de découvrir les entrées insoupçonnées. Il commença donc ses recherches. Il y consacrait chaque instant de liberté, négligeant ses occupations habituelles. Sa femme qui connaissait et comprenait son périodique besoin d’isolement, ne s’étonna pas qu’il privilégiât de plus en plus les longues promenades en solitaire au détriment de ses autres loisirs dominicaux.       

    Fort de sa première expérience en la matière, il pensa que seuls les miroirs ouvraient les fameux passages dont il pressentait l’existence, aussi se précipita-t-il dans les lieux où il savait pouvoir en trouver.

                La célèbre Galerie des glaces du château de Versailles, lui apparut comme un choix des plus judicieux. Hélas ! Aucun des immenses miroirs qui ornaient la fastueuse salle de bal, ne recelait la moindre porte qui se fût ouverte pour le transporter en une seconde dans l’envers d’un décor où l’attendait en vain son reflet.

                Il n’en découvrit pas d’avantage dans l’alignement de miroirs déformants qu’offrait en attraction la fête foraine où il se rendit ensuite, excité comme un gosse à l’idée du monde drolatique qui l’attendait à coup sûr de l’autre côté.

                Il commençait à désespérer et même à croire qu’il avait rêvé quand le deuxième passage lui fut révélé tout à fait fortuitement.

                Il flânait sans but précis dans les rues de Paris un beau jour ensoleillé du mois de mai, quand il emprunta machinalement un passage pour piétons. Comme par hasard, il était le seul à traverser. Il s’amusa un instant de voir toutes les voitures alignées sagement au feu rouge, alors qu’il passait devant elles tel un général passant ses troupes en revue… Il n’atteignit pas le trottoir d’en face. Avant même d’être parvenu de l’autre côté, il se trouva propulsé sans préavis au beau milieu de la circulation grouillante d’une rue commerçante de Hong Kong.

                Assailli de bruits et d’odeurs, il tituba comme un homme ivre, faillit se faire renverser par un pousse-pousse, se fit injurier par les automobilistes qui devaient piler pour éviter ce piéton imprudent manifestement pris de boisson. Il reçut un flot d’invectives dont il ne comprenait pas un traître mot, de la part des passants qu’il bousculait sans les voir. Il se retrouva enfin en sécurité sur le trottoir. Encore étourdi, il ne vit pas la petite charrette aux couleurs vives sur laquelle il trébucha. Il tomba lourdement, renversant du même coup les plats de nems, de nids d’hirondelles et de beignets de crabe fumants et odorants. Tout en l’aidant à se relever, le marchand ambulant vitupérait dans un sabir incompréhensible et d’une voix rendue suraiguë par la rage, l’abreuvant d’insultes bien senties. Il se retrouva sur ses pieds, vacillant, les jambes en coton, le cœur en capilotade soulevé par une nausée subite, les oreilles bourdonnantes et le crâne prêt à exploser, en but à la curiosité des autochtones qui le prenaient pour un de ces touristes européens stupides, incapables d’apprécier la nourriture orientale ni de supporter certains alcools forts qu’on sert dans les restaurants de Hongkong.

                Il se souviendrait longtemps de ce deuxième « passage ». Il retraversa la rue bruyante et encombrée et se retrouva sine die à Paris, sur le trottoir d’en face, exactement une minute après avoir dûment franchi les rayures blanches du passage protégé.

                Sa théorie des passages confortée par cette seconde expérience éprouvante mais néanmoins réussie, il ne voyait plus de limites à son champ de recherche.

    Son choix suivant se porta sur les tunnels qui lui paraissaient correspondre parfaitement à l’idée qu’il se faisait désormais de ces portes secrètes ouvrant sur ailleurs. Il ignora celui de Fourvière ou du Mont-blanc, trop fréquentés à son goût et qui ne pouvaient servir de passage, il l’aurait su ! Quoique… De toutes façons, il leur préférait ceux percés à flanc de montagne que ne traversent plus que de poussifs tortillards destinés au tourisme. Encore que l’idée du TGV traversant le tunnel sous la Manche et débouchant en Mandchourie, à Tombouctou ou même sur Mars, pourquoi pas, ne manquât pas de séduction pour son imagination débridée…

                Il se contenta donc de tunnels anonymes, animé du secret espoir de vérifier son hypothèse. Profitant de ses congés d’été, il partit en Haute- Provence et, accompagné de son épouse cette fois, dans le but de lui faire la surprise de son merveilleux secret, il fit et refit le long et sinueux circuit qu’effectue chaque jour le petit train des Pignes pour les touristes et les rares usagers locaux. Un circuit majestueux qui sillonne les montagnes provençales de Digne à Nice, enjambant torrents et vallées escarpées, et truffé de nombreux tunnels, creusés comme des galeries de marmottes à même les versants tour à tour verdoyants et arides de cette jolie région bruissante du chant ininterrompu des cigales en cette saison. Bringuebalé, secoué, émerveillé par les paysages qu’il découvrait, il en fut cependant pour ses frais ! Point de porte ouvrant sur un autre monde, nul passage vers un ailleurs fantastique. Rien ! Rien d’autre que la lumière, la chaleur et le parfum des champs de lavande, ne l’attendirent au bout des multiples tunnels qu’il traversa, le cœur tremblant chaque fois d’excitation anticipée…

                Déçu plus que de raison, il abandonna rêves et chimères et replongera dans un quotidien frustrant, régi par le rationnel, l’ordre, la discipline, la productivité et dominé par le Dieu Fric sur son trône d’or et de billets de banque… Il eut tôt fait de se convaincre qu’il n’avait fait qu’imaginer tout ce qu’il avait vécu.

                C’était compter sans cet autre lui-même, ce reflet parfait qui, chaque matin dans son miroir, lui susurrait insidieusement ces mots qu’il ne voulait plus entendre et qui pénétraient pourtant dans son crâne, insistants :

                «  C’était réel, tu n’as rien inventé. Tu ne rêvais pas. Tout était vrai ! Vrai…Vrai… »

                C’est le hasard, une fois de plus, qui réduisit à néant la carapace de scepticisme qu’il avait endossée après sa dernière déconvenue au sujet des tunnels…

                À la recherche d’un cadeau pour l’anniversaire de sa femme, il parcourait d’un pas tranquille une de ces longues galeries marchande qui s’ouvrent sur une rue et débouchent sur une autre. Agrémentés de multiples petites boutiques, ces passages offrent aux regards des promeneurs, les écrins remplis de trésors de leurs vitrines artistiquement décorées. Il allait et venait de l’une à l’autre, incapable de se décider. Hésitant entre un parfum de prix, un luxueux article de maroquinerie ou de lingerie fine, il parvint au bout de la galerie sans se rendre compte. Il allait faire demi-tour lorsqu’il s’avisa de l’heure tardive. Il avait encore trois jours pour faire son choix. Il décida donc de sortir de ce côté de la galerie et se retrouva…

                En Égypte, à Gizeh, au pied des pyramides millénaires, tombeaux des pharaons Khephren, Kheops et Mykérinos… Sidéré mais heureux, il se mêla au flot de touristes qui regagnaient leurs cars après avoir visité ces lieux sacrés. Avec eux, il fit le tour des boutiques artisanales. Tous repartaient les bras chargés de souvenirs couleur locale. Il acheta une statuette de bronze représentant Isis, déesse de la fertilité et une reproduction miniature assez fidèle du masque funéraire de Toutankhamon, tout en or et joliment montée en broche sur un cabochon en lapis-lazuli. Il avait trouvé là, de la manière la plus extraordinaire qu’on puisse imaginer, des cadeaux superbes et originaux pour sa femme. Elle n’allait pas manquer de lui en demander la provenance. Il mentirait bien sûr !

                Ravi de ses trouvailles et plus encore de la découverte inopinée de ce nouveau « passage », il remonta dans une navette en partance pour le site avec sa cargaison de touristes. Revenu au pied des pyramides, il ferma les yeux, pensa fortement à son point de départ et fut instantanément transporté dans la galerie marchande qu’il avait quittée quelques secondes plus tôt…

                À la suite de ce troisième passage tout aussi imprévu que les deux premiers, il ne chercha plus les portes qui, en somme, se révélaient à lui, sans qu’il eût besoin de se fatiguer. Il se laisserait désormais porter par le flux.

                C’est ainsi qu’il fut un jour catapulté sur la face visible de la Lune, en train de mêler ses pas à ceux de Neil Armstrong, juste après avoir emprunté un ascenseur tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Il découvrit ébloui, le lumineux croissant de Terre bleue qu’on voit de là-haut.

                Une autre fois, au cours d’une flânerie solitaire dans une allée ombragée de la forêt de Fontainebleau, il fut transporté dans celle ô combien mythique de Brocéliande où il rencontra – il ne s’étonnait plus de rien désormais – le célèbre et non moins mythique Merlin l’Enchanteur avec lequel il eut une longue et fructueuse conversation philosophique au cours de laquelle ils en vinrent à aborder certains aspects déplorables du monde moderne.

    Ainsi parla le grand magicien :

                - Les Hommes d’aujourd’hui ont tué le rêve et les légendes. Par pure paresse, ils ont perdu les merveilleuses facultés qui faisaient d’eux presque les égaux des Enchanteurs et des Fées. Ils ont utilisé les pouvoirs extraordinaires de leur intelligence pour fabriquer des machines capables de les remplacer, capables de les faire voyager sans fatigue, capables même de réfléchir à leur place. Beaucoup d’entre eux ne savent plus être simplement heureux parce qu’ils ne savent plus rêver. Toi et tes semblables, vous êtes des exceptions. Des êtres rares, doués pour le bonheur. Ne perds ni tes rêves ni tes illusions, préserve en toi jalousement, ce fabuleux pouvoir que donne l’imagination, ainsi tu resteras un homme heureux comme je le suis. Comment crois-tu que j’existerais sans ce pouvoir-là ?

                - Le tien ?

    - Non, le vôtre ! Sache mon ami qu’ il n’existe pas de passages mais des passeurs dont tu fais partie. Des passeurs de rêves. Comme ces privilégiés, tu possèdes en toi les clés qui ouvrent les portes des mondes dont tu rêves.

                - N’es-tu pas un de ces « passeurs » toi aussi ?

                - Non, un mythe, seulement un mythe hélas, auquel parfois l’une ou l’un d’entre vous rend visite. Il arrive même que grâce à vous je retrouve la belle Morgane, ou Viviane, la dame du lac qui fut mon égale, ou encore le jeune Arthur, avant qu’il ne devînt roi en prenant possession d’Excalibur…Avec ce don que tu possèdes et pour peu que tu le veuilles très fort, tu pourras continuer à voyager au gré de tes rêves, d’une rive à l’autre de l’Eldorado, d’un bout à l’autre de l’arc en ciel, de la Grande muraille de Chine à la Voie lactée… Tu es un passeur, ne l’oublie jamais…

                Quand il sortit de ce qu’il savait n’être pas tout à fait un songe, il était de retour dans la forêt de Fontainebleau, assis sur un vieux tronc moussu, au cœur d’une clairière où perçait le soleil. À quelques pas de lui, un grand cerf majestueux, aux bois impressionnants, le regardait avec dans les yeux une lueur d’intelligence et d’ancestrale sagesse qu’il crut reconnaître. La noble bête secoua la tête, comme si elle opinait du chef pour confirmer son intuition, puis elle s’éloigna et disparut soudain entre les arbres comme par…enchantement.

                C’est alors qu’il comprit vraiment….

    ©Anne-Marie Lejeune- Extrait de "Élucubrations d'un oiseau de nuit"

     

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             Brusquement, le sommeil,  s’est  saisi de moi et m’a prise en otage sans ménagement !

     

             Cela faisait des heures que je le fuyais avec une détermination à faire envie aux plus invétérés des couche-tard mais il a tout de même fini par me rattraper ce bougre de marchand de sable ! Pas le temps de dire ouf ! Le fieffé ensableur  m’a balancé une grosse poignée de sa poudre de perlin pinpin en plein dans les mirettes !  Pas pu l’éviter ! Bon sang de bois, il vise encore bien pour son âge !

     

             Et moi, pauvre cloche complètement sonnée, je n’ai rien trouvé de mieux à faire que de me frotter les yeux comme une forcenée, empirant la brutale envie de dormir qui  s’est emparée de moi.

     

             Je l’ai pourtant entendu venir ce grand benêt au doux regard, perché sur son nuage cotonneux ! C’est qu’il devient poussif avec le temps le vieux copain de Nounours et des ses protégés, Nicolas et Pimprenelle. Il est bien loin le temps où, fringant pilote de son blanc taxi du ciel en forme de barbe à papa, il envoyait pléthore de minots au lit, aidé dans sa quotidienne tâche vespérale par son complice en peluche dont la grosse voix prononçant le rituel « Bonne nuit les petits », ne faisait même pas peur !

     

             Mais à présent, son teuf-teuf  magique est tout gris. Il broute les nuages fuligineux et son moteur dans le temps silencieux, a maintenant bien trop souvent de sonores et très inquiétants ratés. La pollution est passée par là ! Alors  tout comme son véhicule céleste même plus coté à l’argus, le vénérable semeur de sommeil  tousse et crache ses poumons! Voilà pourquoi on l’entend rappliquer de loin ! Et puis il fatigue ! C’est qu’il est tout seul à bosser !

     

             Entre temps, en effet, pépé Ours a été mis à la retraite, usé jusqu’à la trame par des années de labeur. Il finit de rendre  l’âme dans  un grenier. Ses yeux de verre ternis ne voient plus que le fond de la malle où il git, pauvre joujou démembré. Son ventre crevé laisse échapper ses entrailles de paille au milieu desquelles niche une famille nombreuse de souris ! Quelle déchéance pour la grosse peluche débonnaire qui flirtait avec les étoiles. Quelle sordide fin de vie ! Ou fin de mort plutôt !  

     

             Alors pour le Marchand de sable, ces heures sup’ en solitaire vraiment, mais vraiment mal payées, c’est la goutte d’eau polluée qui fait déborder le vase ! Le travail de nuit, il en a ras les baskets ! Et respirer de l’air empoisonné aussi ! Il a beau avoir la tête dans les nuages, il a les pieds sur terre et il sait qu’à son âge, il n’y a pas de reconversion possible ! Sans compter qu’il n’a même pas le droit de démissionner, vu que la direction ne lui trouve pas de remplaçant !

     

             Du coup, il est beaucoup moins patient, beaucoup plus brut de décoffrage dans l’exercice de sa profession  devenue très ingrate de dispensateur de doux rêves ! Il faut dire aussi que les mômes d’aujourd’hui  sont bien plus récalcitrants que ceux  qu’il saupoudrait autrefois  de galéjades et de poussière d’or ! Pour compléter le sinistre tableau noir de ses nuits blanches, afin de gagner un peu plus- si peu- il a dû étendre son activité aux adultes qui ne sont guère plus sages que les enfants lorsque vient le moment d’aller au lit !  De plus, vu la conjoncture économique morose et la perpétuelle augmentation du coût de la vie, il n’a même  plus les moyens de jeter du sable ! C’est de la suie qu’il balance désormais !

     

              Bien pour ça que j’ai des cernes !

     

             Quant à Nicolas et Pimprenelle, ils ont troqué  leurs douillets mais ringards vêtements de nuit en pilou contre des fringues dans le mouv’! Pour  s’évader  d’un réel pas très gai, ce n’est plus du sable qu’ils respirent ! La poudre qu’ils sniffent les envoie direct au septième ciel d’un univers psychédélique auprès duquel le monde merveilleux et magique du marchand de sable de leur enfance, leur paraîtrait bien pâle s’ils s’en souvenaient encore !

     

             Voilà pourquoi, dégoûté du métier le brave homme ne l’exerce plus que forcé et contraint ! Ou devrais-je  plutôt dire, que forçant et contraignant !

     

             Voilà pourquoi il s’est brusquement saisi de moi, m’infligeant le sommeil comme une punition, me l’imposant sous la menace d’une nouvelle poignée de son sable au rabais si je n’obtempérais pas  immédiatement !

     

             « Et ensuite ? » Me demanderez-vous peut-être ?

     

             Ensuite, mes paupières encrassées de suie se fermant malgré moi, je me suis retrouvée jetée manu militari sous la couette rose du lit que l’une de mes petites filles occupe lorsqu’elles viennent toutes deux en vacances chez nous…

     

             « Parce qu’en plus, tu voudrais réveiller ton mari qui lui, dort comme une marmotte depuis des heures ? Non mais ! » M’a tancée vertement le vieux marchand de sable.

     

             « Et ensuite ? »

     

             Brusquement, je me suis réveillée avec l’impression saugrenue qu’une grosse voix me criait dans l’oreille  « Hop  hop faignante ! Debout ! Tu as assez dormi ! »

     

             Près  de ma tête encore posée sur l’oreiller, le « Bisounours » de Margot paraissait me sourire ! J’ai même cru voir le cœur rouge clignoter ironiquement sur son torse pelucheux !

     

             Entretemps, j’avais dormi d’un sommeil agité, rempli de rêves tumultueux où régnait un despotique marchand de sable répandant sa tyrannie sur le Monde sous forme d’énormes tempêtes de suie noire comme la nuit.

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