• Les rêves d'Élisa-Chapitre 15

    Les rêves d'Élisa-Chapitre 15

      

    La fuite

     

                Jonathan…Ce prénom la titille. C’est un peu comme la brûlure du laser, en moins douloureux mais à l’intérieur de son crâne.

                - Vous…Vous êtes Jonathan…Bredouille-t-elle

                C’est une évidence, pas une question. D’ailleurs sans attendre de réponse de l’intéressé, poussée par une espèce d’urgence, elle se met à se frotter les yeux pour s’assurer qu’elle n’est pas en plein rêve.

                - Je suis dehors. Je suis dehors… murmure-telle pour elle-même.

                Elle est dehors ! Comment en douterait-elle. Il n’y a qu’à voir Jacob qui, aussi éberlué qu’elle, ne sait pas où poser les yeux tant le spectacle qui s’offre à ces deux « évadés » a de quoi les époustoufler. Pour la première fois, ils découvrent un vrai paysage. Un vrai ciel, immense, infini ou luit un disque jaune éblouissant 

                - Attention, ne regardez pas le soleil en face ! Les ont avertis Martha et Jonathan dès leur sortie.

                Trop tard ! Ils ont été aveuglés quelques minutes. Sous la lumière surnaturelle de l’astre, les couleurs explosent. C’est vert, ocre, bleu… Ils ont encore peine à croire à tout ce qu’ils voient, loin, très loin, à perte de vue dans l’espace qui s’étale librement bien au-delà de la Sphère dont la masse énorme obstrue tout l’horizon de l’autre côté, aussi loin et haut que se porte leur regard exorbité. C’est un dôme plus gigantesque encore que tout ce qu’ils auraient pu imaginer si cette faculté- là ne leur avait pas été tout aussi interdite que les autres. La sortie vers ce dehors qu’ils ont craint toute leur vie, est à quelques mètres à peine à l’aplomb des épaisses murailles de verre opacifié de leur monde sphérique. Un monde qui s’élève aussi haut et s’étend aussi vaste au-dessus qu’il s’enfonce profondément et s’étale immensément en dessous Depuis leur naissance, leur seul horizon aura été constitué par les murs métalliques de la Sphère. Leur seule lumière n’aura été que l’artificielle et quasi permanente lueur des lampes protoplasmiques

                Elle sait désormais, avec certitude, que la vraie vie est là, dehors.. La vie, c’est la fraîcheur de ce souffle d’air qui la fait frissonner…Le vent…Ça s’appelle le vent…C’est chargé d’odeurs inconnues qui provoque chez elle comme chez Jacob une réaction des plus surprenantes.

                - Atchoum ! Font-ils ensemble !

                C’est bruyant, ça soulage c’est drôle ! Le rire fuse malgré eux de leur gorge un peu enrouée. Quelle sensation grisante ! Ils se jettent un regard ému de connivence. Ils ont déjà expérimenté ça… Quand ?

                Près d’elle, attentif au réveil de toutes ces émotions si nouvelles pour elle, Jonathan l’observe. Un léger rictus étire ses lèvres vers le haut. Ça, c’est un…sourire ! Elle se souvient.

                - Tu te souviens ! Dit -il, faisant écho à sa pensée informulée.

                - Je...je crois oui !

                - Ne t’emballe pas Élisa ! Ce ne sont que des souvenirs implantés.

                - Je sais !

                - Tu sais ?

                - Oui, ça me revient petit à petit.

                - Moi aussi ! Confirme Jacob dont la mine réjouie de l’instant d’avant s’allonge au rythme du réveil de sa mémoire.

                Comme la sienne !

                - De quoi te souviens-tu ? Questionne Jonathan.

                - Les rêves, vous, Martha…Et…Et...La dernière fois que vous…que je…

                Elle étouffe… La masse écrasante de la Sphère se referme sur elle, l’engloutit. Elle se sent minuscule tel un petit animal pris au piège. Le mastodonte de verre et d’acier, se dresse au-dessus d’elle, cruel prêt à la dévorer… Une terrible envie de hurler la submerge. Haletante, elle se rue en avant, poussée par une peur immonde. Ne plus se réveiller dans la Sphère… Jamais ! Échapper aux rêves étrangers.

                Le bras ferme de Jonathan la retient ! Il la serre contre lui. Elle se débat un peu puis cède, plus épuisée qu’après leur interminable fuite dans le ventre glacial de sa prison.

               - Calme-toi, respire ! Laisse venir tranquille !

                - Partons d’ici, je vous en supplie, sanglote-elle à bout de résistance. Je ne veux pas qu’ils me reprennent ! 

                - Nous allons partir Élisa ! Sois sans crainte, ils ne te reprendront pas ! Pas plus que Jacob ou que tous ceux que nous avons tirés d’ici jusqu’à aujourd’hui ! « Ils » ne sortent jamais ! Nous ne courrions de réels dangers qu’à l’intérieur

                - Mais la Machine…

                - Elle aussi n’exerce sa néfaste influence que dans les Sphères, rassure-toi !

                - Je veux bien vous croire mais allons-nous en d’ici quand même ! Insiste-t-elle à bout de nerfs.

                Le cri de terreur qu’elle réprime depuis que la conscience lui est revenue, comme réactivée par l’air frais et pur, n’est plus loin de jaillir de sa gorge nouée. Elle voudrait hurler sa rage, sa haine, sa peur, le sentiment infini de perte qui remonte en elle. Crier pour évacuer ce qui lui fait mal, pour éteindre dans sa tête la voix de ceux qui l’ont manipulée comme un jouet et qui étaient prêts à la reformater ou peut-être même à l’exiler chez les irrécupérables juste parce qu’elle leur échappait comme ils disaient. Elle n’était à leurs yeux qu’un objet qu’on jette après usage. Ils allaient la remplacer. Elle croit les entendre encore : 

                « Il va falloir la reformater ! » Conseillait celle qui s’appelle Serena.

                « Changer de sujet serait plus sûr » répondait froidement le dénommé Septime.

                C’est bien ça, ils allaient la jeter aux oubliettes et s’offrir un nouveau jouet. Que leur importait qu’elle finisse en pilules rouges pour ses congénères ? C’est exactement ce qu’il serait advenu d’elle si Jonathan ne l’avait pas sortie de là-dessous ! Le cri qu’elle n’a pas réussi à lâcher se transforme en sanglots convulsifs. Ce qu’elle endure est pire, bien pire qu’un reformatage ! Parce qu’après un passage au Centre de Contrôle, pendant un temps au moins vu sa « perversion », elle redevenait un robot amorphe et sans conscience. Sans souffrance ni émotion d’aucune sorte.            

               Elle se serait bien passée de cette nouvelle sensation qui la brise. Les larmes qu’elle ne peut empêcher de couler mouillent le large torse contre lequel elle s’est si souvent blottie en rêve. Seulement en rêve ! Dans sa tête s’égrènent des noms, des lieux, des époques, des évènements… toutes ces choses qu’ils ont implantées dans son esprit juste pour la faire rêver à leur place, et qui lui reviennent à présent comme s’il s’agissait de ses propres souvenirs.

                Jonathan-Roh Ahr Anh, Ehi Sha , Patrick-Parh Anh, Martha –Mah Rah, Sarah-Sha Rha, Chloé, Carla, Sarlat, la caverne, le Clan, le cirque… Tout se bouscule en elle jusqu’à l’affoler. Il est plus que temps qu’ils s’éloignent enfin de ce lieu maudit qui l’emprisonne encore. La Sphère-Prison pour les esclaves des Serena, Septime, Maïandra, Magnus et tous les autres tyrans de la Haute Sphère dont elle ne peut distinguer qu’avec peine de là où elle se trouve, les habitations masquées par la poussière qui recouvre le dôme.

                « Eux aussi sont prisonniers » Pense-t-elle, s’avisant d’un coup qu’il ne semble y avoir aucune activité humaine là derrière.

                - C’est vrai qu’ils sont prisonniers ! Intervient Martha. Mais eux le sont volontairement !

                - Elle a raison ! Renchérit Jonathan ! Les bouleversements qui ont rendu la Terre inhabitable ont eu lieu il y a plus de 1500 ans. Or, bien que les capteurs placés à l’extérieur des Sphères aient signalé que l’atmosphère n’étaient plus létale depuis 500 ans, ils ne sont pas sortis et on maintenu leur emprise sur les habitants-ouvriers du dessous.

                -500 ans ! Tous ceux qui vivent là-dessous aujourd’hui à tous les niveaux des Sphères pourraient donc être dehors sans aucun risque depuis toujours ! C’est monstrueux !

                Braille Jacob le discret, comme elle l’a surnommé ! L’homme est à son tour saisi de révolte et d’incompréhension !

                - Ces gens sont fous ! Ils ne méritent pas de vivre ! Comment en sont-ils arrivés à faire de nous des robots à leur service ? Car je suppose qu’il n’en a pas toujours été ainsi ! poursuit-il au comble de la rage.

                - Oui, expliquez-nous à la fin ! L’appuie-t-elle en se détachant de Jonathan.

                Sa colère remonte d’un cran, ranimée par la diatribe virulente de son compagnon d’infortune.

                - Bien ! Je vois et surtout, j’entends que vous avez repris des forces ! Nous pouvons donc nous mettre en route maintenant ! Rétorque Jonathan calmement.

                Il a l’air presque..amusé.

                - C’est ça ! Allons-y, nous avons perdu assez de temps comme ça ! La pluie menace et il vaut mieux que nous soyons à l’abri loin d’ici quand ça va dégringoler ! Lance Martha dont les yeux sont levés vers le ciel.

                - La..la pluie ? S’interrogent en chœur les deux ex prisonniers

                - Les trombes d’eau qui ne tarderont plus à nous tremper jusqu’aux os si nous traînons encore. Les pluies de début du printemps, ça ne rigole pas ! Et je vous jure que ce n’est pas aussi agréable que les douches des habitacubes ! Hop,hop,hop, on s’active !

                Sans préavis, elle a pris la main de son protégé tandis que Jonathan fait de même avec elle. Comme lors de leur fuite dans la Sphère, il l’entraîne presque au pas de course. Le désir de fuir au plus vite ce lieu maudit lui insuffle des forces et une énergie qu’elle n’aurait jamais soupçonné posséder jusqu’à ce matin. Où vont-ils ? Elle ne sait. Ce qui lui importe pour l’heure, c’est de mettre un maximum de distance entre elle et sa prison. Pour autant, elle n’oublie pas ses compagnons de captivité. Ceux de la sphère où elle est née et où elle a toujours vécu, comme ceux, innombrables, des autres sphères.

                - Leur heure viendra Élisa !

                Répond Jonathan qui perçoit décidément tout de ses pensées.

                -Votre..double, Septime… Il…Il a dit quelque chose d’étrange..

                - Oui ?

                - Je n’ai plus la force… Il a dit : je n’ai plus la force...

                - Je sais ! C’est vrai et c’est bien pour ça que l’heure de la libération viendra pour les esclaves des Sphères.

                -Il a dit autre chose d’aussi bizarre : il interfère. Qu’est-ce que ça veut dire ?

                - Je t’expliquerai. Plus tard.

               

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  • Commentaires

    1
    Dimanche 6 Avril 2014 à 00:28

    une histoire qui se corse

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