• Les rêves d'Élisa-Chapitre 10

    Les rêves d'Élisa

    Élisa s’étire, délicieusement lasse. Une légère douleur au creux des cuisses lui rappelle…

                - Je ne t’ai pas fait mal ma douce ?

                - Non…Pas vraiment…Je…Je…Le plaisir a effacé la douleur.

                - C’était la première fois ! Je suis si heureux ma chérie !

                - Pas pour toi je suppose !

                Le ton se veut léger, sans jalousie. Elle a juste besoin de savoir.

                - Tu as raison, pas pour moi ! Mais c’était tout comme !

                - Pourquoi ?

                Elle veut l’entendre dire qu’elle seule compte pour lui. Que si elle n’a pas été la première, elle sera la dernière.

                - Avant ma douce, c’était uniquement du sexe. Pas de l’amour. Avec toi, parce que je t’aime comme un fou, je me suis senti aussi puceau qu’un collégien.          

                - J’ai peine à croire que…

                - Mais si, je t’assure ! J’avais tellement peur de ne pas être à la hauteur de ta première fois que j’aurais pu en perdre mes moyens. Peur de te faire du mal surtout. Tu es si menue et moi si…

                - Oh Jonathan ! Tu as été à la hauteur, crois-moi ! Doux, patient, attentif…Tout quoi ! Je n’imaginais même pas que ça puisse être aussi merveilleux !

                C’est vrai qu’il a été d’une infinie délicatesse, la laissant s’accoutumer à son grand corps d’homme dont l’évident désir aurait pu l’effaroucher. Un désir violent qu’il a su juguler tandis qu’elle l’explorait du bout des doigts et de la bouche, le mettant au supplice. Puis il lui a fallu se maîtriser encore pour lui rendre la pareille. Il a su éveiller ses sens, explorant la moindre parcelle de sa peau, faisant naître, partout où ses mains et ses lèvres se posaient, une fièvre dévorante. Quand enfin il est entré en elle, elle était prête à le recevoir. Elle se sent femme désormais. Sensuelle, impatiente, ardente…

                - J’ai aimé chaque seconde mon amour et…je serais…

                - Prête à recommencer ? Moi aussi ! Mais nous avons été fou ma chérie. Je n’ai pensé à rien. Je suis clean, alors de ce côté, pas de risque ! Je pense surtout à toi, est-ce que…

                - Je prends la pilule. J’ai beau être très sage sur ce plan, j’ai toujours appliqué le principe de précaution. Mais si ça n’avait pas été le cas et même si tu devais me quitter, attendre un enfant de toi serait un grand bonheur.

                - Te quitter ? Plus jamais je ne te quitterai mon amour.

                - Parce que tu m’as déjà quittée ?

                - Oui hélas ! Tu ne te souviens pas ?

                - À Sarlat ce soir-là, d’accord ! Mais nous nous connaissions à peine !

                - Élisa ! Nous nous connaissons depuis la nuit des temps ! L’aurais-tu oublié ?

                - Il va vraiment falloir que tu m’expliques Jonathan. Je nage encore plus qu’un peu !

                - Nous avons tout le temps désormais ! Dans tes prochains rêves, je serais avec toi, n’en doute pas un seul instant. Alors, tu comprendras ! Viens contre moi à présent. J’ai faim de toi ! Si faim et depuis si longtemps !

                C’est avec moins de retenue, plus de passion qu’ils se donnent l’un à l’autre pour la deuxième fois.

                Elle n’oubliera jamais cette chambre douillette ni le petit hôtel cossu de la banlieue bordelaise où ils ont abrité leur première nuit d’amour.

                Dès qu’elle a pu se tenir sur ses jambes, après sa perte de connaissance et ce songe étrange au cours duquel elle a fait un bond de mille ans dans le futur, ils sont sortis enlacés de l’amphi. Sur le parking les attendait la voiture de Jonathan. Il l’a d’abord emmenée prendre un petit-déjeuner consistant dans un café. Puis ils ont roulé jusqu’au Cap Ferret. Là, assis face à la mer, ils se sont parlé, évoquant, entre deux baisers, leurs vies respectives. Elle lui a raconté St-Cirq, les Eyzies, les trois disparus, sa mère si courageuse, Patrick qu’elle adore. Martha aussi, la vraie, celle à laquelle elle confie des choses qu’elle n’ose dire à Sarah. Et encore Chloé et son insistance à vouloir la caser ! Ses deux jobs d’été…

                Lui a évoqué son frère aîné, Gina sa petite sœur adorée, ses parents morts tous deux dans le crash d’un avion, ses études de vétérinaire, une profession si utile pour le monde du cirque.

                - Mais …et le cirque alors !  

                - Je ne l’avais momentanément quitté que pour mieux le servir. J’ai interrompu mes études de véto à la mort de mes parents. Ils payaient cash pour me permettre d’y arriver. Leur disparition a causé un énorme manque à gagner pour le cirque. Ils prenaient moins de risques mais ils travaillaient encore au trapèze et leur numéro faisait toujours sensation ! Il y avait foule pour venir frissonner aux prouesses des « Quadragénaires volants » comme Luigi les avait surnommés avec tendresse ! Je me devais de les remplacer et de perpétuer la tradition familiale. J’ai donc repris ma place au sein de la troupe où j’ai transformé ma banale prestation de dresseur de tigre, en ce numéro de prestige international que tu connais. Avec Gina d’abord, puis avec Carla lorsque ma sœur s’est mariée.

                - Tu n’as pas regretté d’avoir dû sacrifier tes études ??

                - Un peu mais le cirque est ma seule passion en vérité…en dehors de toi évidemment ! Je suis tombé dedans comme toi dans la préhistoire !

                - Ah bon !

                - Eh oui ! Toi, tu es née dans un haut-lieu de la vie de nos lointains ancêtres et moi, je suis né dans une caravane du Cirque Marini. « La Corte dei Miracoli » comme dit Luigi mon patron dont le grand-père, créateur de ce petit cirque familial au départ, a fui le régime mussolinien pour venir se réfugier en France avec sa troupe de saltimbanques. À sa mort, Luigi a pris tout naturellement la succession. C’est à cette époque que mon père, tout jeune acrobate a été embauché. Plus tard, il y a courtisé ma mère, Isabella Marini, la jolie écuyère, fille adorée de son patron. Ensemble ils ont monté un éblouissant numéro de trapèze volant. Ils se sont mariés et ont très rapidement conçu mon frère Rafaël, puis moi deux ans après et enfin Gina un an tout juste après moi. Tu vois, je suis un véritable enfant de la balle.

                - Si j’ai bien suivi, Luigi est ton patron mais également ton grand-père !

                - Exactement !

                - Ça ne vous pose pas problème ?

                - Pas vraiment ! Nous nous efforçons de ne jamais mélanger travail et sentiments ! Dans le cercle familial assez large il faut bien le dire, nous sommes tous unis par des liens d’affection très forts et nous nous serrons les coudes. Sur la piste, nous sommes des artistes comme les autres dont Luigi est le padrone sévère mais juste !

                - Ta vie est passionnante ! Tu voyages à travers le monde, tu travailles avec des gens intéressants…

                - Une vie passionnante, c’est vrai mais dure, incertaine  et qui nous coupe un peu des autres ! De vous les sédentaires ! Je m’étais fait des amis durant ma courte période estudiantine. Lorsque je suis retourné au cirque, je les ai perdus ! Ils ignoraient que j’étais un « saltimbanque » Quand ils sont su…Les « gens du voyage » comme on les appelle généralement avec une note péjorative, ont mauvaise réputation quelle que soit leur activité. Nous, nous préférons nous appeler « Les voyageurs », par opposition aux « sédentaires ». Tout ça ne te fait pas trop peur ?

                - Je t’aime Jonathan ! Mon univers, désormais, c’est toi ! Dis-moi mon sauveur, pourquoi as-tu débarqué comme ça à Bordeaux ? Tu savais que j’y étudiais ?

                Ce n’est pas vraiment une question. Elle commence à entrevoir cette vérité qu’il a décidé de l’aider à apprendre.

                - Je savais, évidemment. Ce que je n’ai vraiment pas calculé, c’est que le choc de me revoir te ferait perdre connaissance. Encore moins que cet évanouissement t’emmènerait aussi loin dans notre futur commun.

                - Notre futur commun ? Mais…Jonathan….Nous n’allons pas vivre plus de mille ans tout de même… C’est décidément complètement fou cette histoire.

                - Nous avons bien vécu ensemble aux temps préhistoriques. Et au Moyen-âge aussi… À tant d’autres époques encore, passées et à venir…Si tu savais !

                - J’ai réellement envie de savoir mon amour mais réponds-moi quand même. Pourquoi aujourd’hui ?

                - Depuis que je t’ai retrouvée…

                - Retrouvée ? Ah oui ! C’est vrai qu’on se connaît depuis la nuit des temps toi et moi !

                - Ne te moque pas insolente ! Depuis Sarlat donc, je me morfonds et ça nuit à ma concentration ! Lors de notre dernière représentation, je n’ai pas fait gaffe et mon nouveau tigre…

                - Tu as un nouveau tigre ?

                - Oui, Roméo. Encore un peu jeune et plus sauvage que Simbu..

                - Et…

                - Il m’a…un peu sauté dessus si tu vois ce que je veux dire… N’as-tu pas senti la longue cicatrice dans mon dos ?

                - Mon Dieu … Il..Il..

                - Il aurait pu me faire plus mal ! Mais je l’ai bien dressé quand même et j’ai réagi au quart de tour. Carla aussi ! Heureusement ! C’est ma faute en même temps ! On ne tourne jamais le dos à un fauve ! Mais ce jour-là, j’étais vraiment à l’ouest ! Résultat, un séjour à l’hosto, pas mal de points de suture et une grosse engueulade de la part de Luigi ! Il devine pas mal de choses mon grand-père alors il m’a mis en vacances dès mon retour de l’hôpital et il m’a ordonné d’aller te chercher !

                «  Il est temps que tu lui dises ! » A-t-il lâché avant que je ne parte.

                - Parce qu’il sait pour…pour…

                - Il a le don ! Comme sa mère avant lui !

                Blottie contre lui, elle passe une main timide sous son pull. Dans le feu de leurs joutes amoureuses, elle n’a pas senti la longue ligne légèrement boursoufflée qui traverse son dos de l’omoplate gauche au bas des reins. Malgré elle, les larmes jaillissent. C’est sa faute. S’il n’avait pas été obnubilé par elle…

                - Ne pleure pas ma chérie ! Je suis là, entier en forme et fou amoureux !

                - Jonathan ?

                - Quoi mon cœur ?

                - Qu’allons-nous faire maintenant ? Mes études, ma mère… tout quoi ! Je ne veux plus te quitter ! C’est ma seule certitude.

                -Tu serais prête à tout lâcher pour me suivre ?

                - Bien sûr !

                - Alors ne t’inquiète pas, tout s’arrangera mon amour ! L’important est que je sois près de toi au cours de tes prochains rêves.

                - Pourquoi

                - Ça ma douce Ehi Sha, tu le sauras en temps voulu ! Mais d’abord, nous allons devoir expliquer à ta mère que tu vas abandonner tes études pour suivre un saltimbanque. Et là aussi il vaut mieux que je sois près de toi lorsque tu affronteras cette épreuve !

                -Je veux bien te croire.

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  • Commentaires

    1
    Mardi 4 Mars 2014 à 11:30

    vraiment une belle histoire mais que va dire la maman

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