• Élucubrations d'un oiseau de nuit

    Logo Anne-Marie Lejeune-livresOui,oui ! C'est bien moi, Anne-Marie Lejeune dite "L'oiseau de nuit". Je vous présente ici un livre quasiment éponyme , puisque son titre est justement "ÉLUCUBRATIONS D'UN OISEAU DE NUIT"

    La quatrième de couverture vous dit ceci :

    Ce recueil de nouvelles issu des longues veilles d’un oiseau de nuit, raconte les histoires pour le moins farfelues de gens simples, comme tout le monde. Comme tout le monde ils se lèvent un beau matin sans savoir encore que leur vie va basculer dans une autre dimension. Ils vont franchir une porte interdite alors même qu’ils ignorent qu’elle existe...Allez à la rencontre de ces personnages ordinaires que rien ne distingue du commun des mortels...

    Enfin, presque !

    Car il suffit d’un rien parfois, oui, vraiment d’un tout petit rien, pour qu’une existence banale et tranquille soit totalement bouleversée et devienne d’un seul coup extraordinaire.

    Réfléchissez-y ! Demain peut-être, ce sera vous...

    Voici ma jolie couverture, composée par mes soins :

    Avant envoi chez TheBookEdition.com

    Couv Elucubrationsfinalisée

    Vignette couverture avec lien :

    Acheter Elucubrations d\'un oiseau de nuit

    Comme ce recueil s'appelait originellement "Contes à rebours" et que j'ai dû changer parce qu'il existe déjà un bouquin avec ce titre, je vous offre à lire une des nouvelles Qui me l'avait inspiré. Pour en découvrir d'autres... Cliquez sur la vignette et allez acheter mon livre té ! ;)

     

     

    Compte à rebours

     

    Dans la cuisine claire et assez spacieuse, la fenêtre habillée de jolis rideaux en vichy rouge et blanc laisse passer la lumière. C’est une belle journée d’été, il fait encore jour. Debout devant le large plan de travail carrelé, près de la cuisinière, la jeune femme prépare le dîner en attendant le retour de son mari. Les enfants jouent dehors. Au menu, œufs à la coque frais pondus accompagnés de mouillettes beurrées, laitue du jardin, fromage et tarte aux framboises cueillies du matin. La salade est prête, elle l’assaisonnera à la dernière minute. Dans le four, la tarte embaume. Le couvert est mis pour quatre personnes. Il ne reste que les œufs à cuire. Peints de couleurs vives, les coquetiers en bois disposés au centre des assiettes en grés sur la nappe fleurie, attendent d’être remplis...

    La porte claque dans le vestibule annonçant le retour du mari et des bambins affamés. Elle n’a plus qu’à mettre les oeufs dans la casserole où l’eau légèrement salée bouillonne déjà. Elle y dépose délicatement sa fragile cargaison de coquilles. Trois minutes. Elle règle le minuteur électronique. Elle n’a que le temps d’embrasser son mari et d’envoyer les enfants se laver les mains avant de passer à table, que déjà la sonnerie retentit lui signalant la fin de la cuisson. Juste avant, son oreille habituée avait perçu les derniers tic tic tic de la minuterie… Il est temps de retirer les oeufs.

    …Deviendrait-elle folle ? Elle était pourtant sûre de les avoir mis ! Dans la casserole où l’eau continue de bouillir furieusement, il n’y a rien !

     

    Dans le terrain vague, derrière la cité HLM, un petit groupe d’enfants dépenaillés s’amuse. Il y a là cinq garçons dont l’un, le chef de la bande à coup sûr, est plus grand et plus fort en gueule que les quatre autres qui l’écoutent avec crainte et respect. Il y a aussi trois gamines assises en tailleur à même le sol qui les regardent sans moufter. Elles n’ont d’ailleurs pas intérêt ! Elles ne sont là que parce qu’on les tolère et que la béate admiration dont elles les gratifient, rassure les ego déjà démesurés de ces machos en puissance.

    Le caïd en herbe a organisé une course dont les meufs sont exclues bien sûr et dont l’enjeu est une clope tirée d’un paquet subtilisé à son paternel. Jeans élimés, baskets crasseuses, tignasse ébouriffée coiffée d’une casquette posée à l’envers, bras tendu, il va donner le départ. Il crache son chewing-gum. Une des fillettes le ramasse et le met religieusement dans sa bouche.

    - Prêts les keums ? Crie-t-il.

    - Ouais ! Braillent en chœur les quatre concurrents qui s’épient, l’oeil torve.

    - Bon, on va y aller ! Pas de triche hein ! Sinon pas de clope ! On se la joue réglo, pigé ?

    - Ouais ! Répètent les coureurs alignés au coude à coude.

    - À zéro, vous partez !

    - Je compte : 5…4…3…2…1..0 !

    …Sur le terrain vague, il n’y a plus qu’un petit garçon effrayé dont l’aura de chef vient de s’éteindre et trois gamines en larmes et morve au nez. De leurs yeux écarquillés ils cherchent leurs camarades disparus, envolés, comme escamotés par un magicien diabolique…

     

    Sur le circuit des vingt-quatre heures du Mans, les bolides sont au départ. Comme des chevaux piaffant d’impatience, leurs puissants moteurs vrombissant, ils sont prêts à bondir en avant et à dévorer l’asphalte surchauffé. Dans la grille, chacune à la place que les essais lui ont dévolue, les voitures rutilantes, en parfaite symbiose avec leur pilote masqué et casqué, attendent que le drapeau à damier noir et blanc s’abaisse enfin. Ça sent le goudron, la gomme, l’huile et l’essence. Autre chose aussi, comme un parfum d’impatience fébrile et d’excitation joyeuse qui monte de la foule amassée dans les tribunes et tout le long du circuit… Tous ces gens, le cœur battant et le souffle suspendu, attendent eux aussi le départ.

    Les commissaires de course ont réglé leurs montres et leurs chronomètres. Dans les stands de chaque écurie engagée, mécaniciens et directeurs sont prêts à intervenir au quart de tour.

    Des énormes haut-parleurs répartis sur le parcours, jaillit une voix rocailleuse qui proclame :

    - Le départ va être donné !

    Attention ! 5…4…3…2…1…0 !

    …Un cri de stupeur s’élève, enfle, explose puis c’est le silence médusé, incrédule, apeuré !

    La grille de départ est vide ! Absolument, désespérément, incroyablement vide ! Les engins rutilants et pétaradants ainsi que leurs pilotes, se sont volatilisés d’un seul coup !

    Pfuitttttt ! Plus rien !

     

    …Cap Kennedy…

    Sur l’aire de lancement, le dernier vol habité de la navette spatiale est prêt à décoller. La fusée porteuse pointe son nez arrogant vers le ciel indigo. Pas un nuage, pas un souffle de vent. Les conditions sont idéales.

    Sur les sites d’observation habituels, les aficionados que la conquête des étoiles n’a pas encore blasés, sont au rendez-vous. Armés de jumelles longue portée et chaussés de lunettes filtrantes, ils s’apprêtent à assister à un spectacle féerique qui les fait toujours rêver.

    Dans l’immense salle de contrôle dotée des équipements les plus sophistiqués, l’équipe de fins techniciens qui supervisent les opérations, est à son poste. Sérieux et concentrés, ils procèdent aux ultimes vérifications, débitant d’un ton monocorde, l’inévitable et fastidieuse check-list. Ils sont en communication audiovisuelle permanente avec l’équipage de la navette. Dans cette atmosphère lourde d’attente et d’excitation réprimée, les ordinateurs bourdonnent et cliquètent. Les minutes s’égrènent. Le compte à rebours a commencé. À moins d’une anomalie, rien ne viendra en troubler le rythme régulier.

    Le cœur battant, tendus, attentifs à la moindre défaillance et les doigts croisés pour conjurer le mauvais sort, hommes et femmes, écouteurs branchés sur les oreilles, accompagnent à mi voix le décompte des dernières secondes avant le décollage. La mise à feu de l’énorme monstre qui porte la navette sur son dos, est enclenchée…

    - 10…9…8…7…6…5…4…3…2…1…0 !

    …Le silence écrase l’équipe.

    Toute la gamme des émotions qu’ils ressentent en cet instant, se lit sur leurs visages fatigués et crispés : panique, incrédulité, horreur, colère, incompréhension totale…

    Quelque chose n’a pas fonctionné mais quoi ? ils n’ont que leurs yeux exorbités pour se rendre à l’évidence : sur le pas de tir, la gigantesque rampe de lancement dresse sa haute carcasse vide vers l’azur très pur du ciel. Plus de fusée, plus de navette. Aucune trace nulle part, ni sur terre ni dans l’espace…C’est comme si rien des énormes engins ni de l’équipage n’avait jamais existé…

    Assis sur son trône de nuages cotonneux, le Père

    Éternel caresse pensivement sa longue barbe blanche. Penché vers sa création turbulente et indisciplinée, Il s’interroge :

    - Non de Moi-même ! Serait-il possible que ce soit si simple ? Puis-je aussi aisément réparer mes erreurs ? Est-ce là l’idéale solution à cet épineux problème ? Ce que J’ai fait, Je peux ainsi le défaire en quelques secondes ? Bah, après tout, une bêtise est une bêtise et celle-là m’a coûté assez cher. Il y a bien trop longtemps que je m’en mords les doigts ! Quand je pense que j’ai fait ça en sept jours ! C’était trop peu ! Je ferai mieux la prochaine fois. Cela m’aura au moins appris que même Moi, je peux me tromper et qu’il faut toujours prendre son temps et fignoler l’ouvrage.

    Bon, à présent, assez rigolé ! À Dieu vat ! Comme disent ces créatures imparfaites et impertinentes, allons y : 5…4…3…2…1…0 !

     

    ©Anne-Marie Lejeune

     

    Ne pas piller, ne pas copier ! C’est moche et surtout, c’est interdit par la Loi !

    MERCI !